Ce sont les abbés Charles Honoré Laverdière et Henri-Raymond Casgrain qui seront les premiers, en 1866, à se lancer à la recherche du dernier lieu de sépulture connu du père de la Nouvelle-France. Affairés à éclaircir certains passages obscurs des œuvres de Champlain, ces deux abbés s’étaient souvent demandé s’il existait une possibilité de retrouver le tombeau du fondateur de Québec. Et c’est, selon eux, après avoir mis la main sur deux documents découverts dans les archives de la fabrique de Québec que les abbés ont décidé de se pencher sur la question et de tenter une hypothèse.
Cette recherche donnera lieu à la publication, en 1866, de l’ouvrage intitulé : Découverte du tombeau de Champlain – où on peut voir, à la page 11 de ce livre, la conclusion proposée qui leur paraissait alors la seule possible à savoir, que la chapelle devait se trouver dans la Basse-Ville de Québec.
Il faut dire que ce livre faisait également suite à la découverte faite dix ans plus tôt en 1856, lors de travaux réalisés au pied de l’escalier Casse-Cou dans la rue Petit-Champlain, d’une voûte qui contenait des ossements. Il n’en fallait pas plus pour imaginer qu’on avait peut-être découvert là les vestiges de la chapelle Champlain, à une époque où on n’avait encore aucune idée de son emplacement, que ce soit en Haute ou en Basse-Ville.

Pour dire à quel point le sujet était déjà très sensible à l’époque, le livre co-écrit par Casgrain et Laverdière a immédiatement déclenché une polémique – encore connue de nos jours sous le nom de « Querelle des antiquaires ».
Les hostilités avaient été lancées par l’imprimeur et journaliste Stanislas Drapeau qui revendiquait la paternité de la découverte en disant que c’est lui qui avait communiqué l’information sur la découverte d’une voute à l’abbé Laverdière. Mais les abbés ont toujours réfuté les affirmations de Stanislas Drapeau. Cette querelle avait alors défrayé la chronique pendant trois mois, si l’on en juge par les écrits de l’époque – comme cette brochure de 32 pages écrite par Stanislas Drapeau, dans laquelle il règle ses comptes avec les deux abbés.
Quoi qu’il en soit, on apprendra assez rapidement que les conclusions proposées par Casgrain et Laverdière – de même Drapeau – étaient erronées. C’est que les deux abbés vont bientôt mettre la main sur un document daté de 1649, qui faisait partie d’une liasse de papiers léguée à l’Université Laval en 1866 par l’avocat Georges-Barthélémi Faribault après son décès, et qui mentionne la chapelle comme étant située non pas dans la Basse-Ville, mais dans la Haute-Ville de Québec. Nous reviendrons sur ce document un peu plus loin, mais regardons ci-dessous le secteur en question.

Ceux qui connaissent bien le vieux Québec ne sont pas en terrain inconnu. Nous sommes ici au cœur de la vieille ville, ce qu’on appelait autrefois l’« Enclos de Québec ». Dans ce seul secteur, pas moins d’une douzaine d’hypothèses de localisation, dont certaines ont été suivies de fouilles sur le terrain, ont été émises par différents chercheurs au fil du temps pour situer le dernier lieu de sépulture connu de Champlain.
Certains de ces chercheurs, comme l’historien amateur Thomas O’Leary, le journaliste Ernest Myrand ou l’avocat Philippe‑Baby Casgrain, ont reconstitué la trame urbaine du XVIIe siècle à partir de plans anciens pour identifier les différents éléments du site.
D’autres, comme le géographe René Lévesque, bien connu pour ses recherches dans les années 1980 et 1990, ont sondé et fouillé des secteurs bien précis, à la lumière des documents et plans existants et des interprétations qu’il en faisait. Cette quête a tellement suscité de frénésie, qu’il y en a même eu un qui, à la fin des années 30, a effectué des recherches en ayant recours à la radiesthésie – à l’aide d’un pendule. Sans résultat, on s’en doute.
Mais c’est à l’historien amateur Silvio Dumas, instigateur et co-fondateur de la Société historique de Québec en 1937, que l’on doit les premières recherches sérieuses et méthodiques sur le sujet, dès 1945. Ses travaux, qui se sont étalés sur une période de 13 années, tant en analyse de documents que de recherches sur le terrain, ont permis de mettre au jour au milieu des années 1950 – dans la cour arrière d’un édifice des 11 et 11½ de la rue De Buade -, ce que l’on croyait alors être les vestiges de la chapelle Champlain.
En 1958, lors du 350e anniversaire de la Ville de Québec, une plaque a même été apposée – bien en vue à cet endroit de la rue De Buade, pour témoigner de cette découverte. Il est important de préciser que la thèse avancée par Silvio Dumas à la fin des années 1950 constitue encore aujourd’hui la thèse officielle – quoique mise en doute ou malmenée à intervalles réguliers depuis plus d’une quarantaine d’années et notamment depuis 1977, soit un an après la découverte dans les archives de Montréal d’un nouveau document mentionnant la chapelle.


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